Wuthering Heights, Emily Brontë, 1847

‘I was only going to say that heaven did not seem to be my home; and I broke my heart with weeping to come back to earth; and the angels were so angry that they flung me out, into the middle of the heath on the top of Wuthering Heights; where I woke sobbing for joy.’

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Wuthering Heights est une ferme modeste dont la vie des habitants passionne subitement le locataire de la maison voisine. Au cœur des landes anglaises, le lecteur découvre alors les passions tumultueuses de Catherine Earnshaw et Heathcliff et des conséquences qu’elles ont pour eux ainsi que pour les autres, tout cela dans un univers étrange, sombre et isolé du reste du monde.

‘And I pray one prayer – I repeat it till my tongue stiffens – Catherine Earnshaw, may you not rest, as long as I am living! You said I killed you -haunt me, then! The murdered do haunt theur murderers. […] Oh, God! it is unutterable! I cannot live without my life! I cannot live without my soul!’

J’ai lu Wuthering Heights il y a un peu plus d’un an, et j’ai du le relire le semestre dernier pour les cours. La différence entre mes deux lectures est tout à fait bluffante. Tellement que je me suis dit qu’il fallait vraiment que je revienne plus en détail sur la relation compliquée que j’ai avec ce roman.

Je parlais à l’époque de la phrase écrite sur la couverture de mon édition française : ‘Le plus beau roman d’amour de tous les temps’ et je suis toujours aussi perplexe. Je n’irai pas jusqu’à dire que ce n’est pas un roman d’amour mais je ne pense pas que cette histoire soit une BELLE histoire d’amour. Catherine aime deux hommes d’une façon différente : Elle aime Edgar Linton, elle explique son amour pour lui est comme la nature, changeante. Et elle aime Heathcliff, son amour pour lui est comme un rocher, éternel et résistant aux chocs extérieurs. Cela ne veut pas dire qu’elle aime plus l’un que l’autre. Cela veut dire qu’elle les aime autant l’un que l’autre et ne comprend pas pourquoi elle devrait faire un choix. Pour elle, quand elle épouse Edgar, celui sait que, d’une certaine façon, il épouse Heathcliff. Mais ce dernier ne voit pas les choses comme ça, il ne veut Catherine que pour lui. Que ça soit le cas pour Edgar, c’est plutôt normal parce que c’est un être qui fait partie du monde bourgeois, va-t-on dire. Mais pour Heathcliff qui est un être plus ‘sauvage’ et ‘naturel’, l’on s’attendrait à ce que les choses soient comme pour Catherine. L’amour de celle-ci est donc, dans tous les cas, non partagé d’une certaine manière.

Mais à la fois, le cœur-même de l’oeuvre est, pour moi, la passion entre Catherine et Heathcliff. Je ne la perçois pas comme une passion charnelle, ou même spirituelle. Elle est plus forte que tous nos attributs humains. C’est un lien qui ne s’explique et ne se comprend pas. Catherine l’explique elle-même à Nelly, ce qui est, je pense, l’une des citations les plus célèbres de toute la littérature, en disant qu’Heathcliff est plus elle qu’elle-même, et que leur âme, leur essence, est composée de la même chose pour l’un et l’autre. Alors, ce que je veux bien dire, c’est que ce livre est ‘le plus grand roman de passion de tous les temps’, mais pas d’amour. C’est quelque chose d’encore plus fort. Quelque chose qui existe peut-être, mais je ne l’ai jamais vécu personnellement. Et j’en suis ma foi plutôt heureuse, parce que cette relation n’a rien de très agréable. Et c’est aussi ça qui est formidable avec cette histoire : l’irrémédiable besoin de ce qui détruit, le rapport au mal et au bien. Quand Catherine explique elle-même être tombée du paradis car elle n’avait rien à y faire (cf. citation en début d’article pour les anglicistes!).

J’ai beaucoup aimé Catherine de la première génération, contrairement à ma première lecture. C’est une femme enfant, une petite peste, un enfant sauvage et perdu. C’est un personnage très complexe que l’on ne peut s’empêcher de détester par moments parce que son esprit est tout à fait singulier. Quant à Heathcliff… la conclusion est plus compliquée. J’ai écrit à  l’époque : ‘Je ne comprends juste pas ce personnage. Je suppose qu’il est sensé être le « héros » romantique par excellence ? Mouais, bof. Et pourtant, Dieu sait qu’en fiction, je suis prête à laisser ma morale de côté pour soutenir un personnage que j’aime. Mais là… ce n’est pas que ses actions me choquaient horriblement et que j’avais envie de crier au scandale, c’est juste que je n’ai pas compris en quoi sa vengeance en était une.’ Et bien ma bonne Sophie de l’année passée, tu es une bien belle idiote. La vengeance d’Heathcliff en est tout à fait une : les vies de tous sont détruites, hormis celles des amoureux de la deuxième génération. Mais la sienne aussi l’est. Sa vie est misérable et pitoyable. Comme s’il s’en voulait à lui aussi d’avoir gâché quelque chose, de ne pas avoir su retenir Catherine… Mais il est vrai que j’ai toujours un peu de mal à le comprendre, tout comme j’ai du mal à comprendre Catherine. Je déteste la personne qu’il est, mais je suis fascinée par ce personnage. OUI, ancienne Sophie, Heathcliff est un héros Romantique par excellence : torturé, hors du temps et unique – un ange déchu.

Je pense que j’avais lu ce roman beaucoup trop vite. Son style hors du commun m’avait beaucoup marquée mais je n’avais pas assez pris le temps de me poser les bonnes questions je pense. Et je ne connaissais rien d’Emily Brontë à l’époque, et si j’en avais su un peu plus, j’aurais compris qu’elle n’aurait jamais pu écrire une histoire moralisante ou démoralisante. Wuthering Heights est une histoire fascinante qui ne peut pas laisser indifférent. Il faut juste prendre le temps d’analyser ses sentiments et de se poser des questions. On peut complètement haïr des personnages ou en adorer d’autres, rien n’est normal ou anormal. Il faut se laisser porter par le texte et oublier Joseph, qui parle un charabia du nord de l’Angleterre qui ne veut tout simplement rien dire.

‘The entire world is a dreadful collection of memoranda that she did exist, and that I have lost her!’

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2 thoughts on “Wuthering Heights, Emily Brontë, 1847

    1. C’est vrai que ces personnages sont incroyablement captivants! Je ne sais pas pour toi, mais des fois, ils font que c’est impossible de fermer le livre et d’aller vivre sa vie!

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