Frank, Lenny Abrahamson (2014)

Un jeune homme, Jon, passe le plus clair de son temps à essayer d’inventer de nouvelles mélodies en s’inspirant de tout ce qu’il voit, en vain. Il reste coincé dans son open space, à tweeter ses échecs et/ou des détails de sa vie pleine de rien et d’ennui. Un jour, il croise le chemin d’un groupe, The Soronprfbs (oui, non, ça ne se prononce tout simplement pas), dont le clavieriste suicidaire a laissé tomber. Jon, rejoint alors ce groupe pour le moins alternatif et expérimental et dont le leader, Frank, porte constamment une grosse tête en plastique. Ensemble, ils partent enregistrer un disque au fin fond de l’Irlande dans un petit chalet où Jon, passionné par le personnage de Frank, va commencer à filmer le processus artistique du groupe et à le partager sur divers réseaux sociaux. Au fur et à mesure du film, plus Frank va s’enfermer dans sa bulle créatrice, plus Jon va être populaire sur les réseaux sociaux et plus cette nouvelle popularité va lui tourner la tête.

C’est compliqué de résumer ce film sans en dire trop. Je ne pense pas que raconter les 3/4 du film soit vraiment le spoiler, mais j’ai tendance à ne pas mal vivre, en règle générale, le fait que l’on me raconte la fin de quelque chose sans que je ne l’ai encore jamais vue. Du coup, il va y avoir du racontage de fin ici. Désolée ! Au passage, tant qu’à faire dans le disclaimer, si la bande-annonce donne l’impression d’une comédie légère, CE N’EST PAS DU TOUT LE CAS. Certains passages sont assez drôles (pas de quoi se taper le cul par terre non plus) parce que tout est assez décalé, mais ce film est pour moi, plus un drame qu’autre chose.

Le film suit Jon, ce looser typique du 21e siècle, je dirais, qui partage tout sur ses réseaux sociaux et rêve de succès sans vraiment s’en donner les moyens. John, c’est un peu toi, c’est un peu moi, c’est un peu notre génération. Pourtant, le personnage principal du film est bien Frank, ce grand bonhomme énigmatique dont personne ne connaît le visage. Il vit pour la musique, construit des instruments à partir d’objets du quotidien ou de différentes choses trouvées dans la nature. Et dans son art, il est génial. Il peut bâtir une vraie mélodie de rien, et insuffle une dose de passion à ceux qu’ils l’entourent, et c’est pour cela que des fois, l’ambiance peut être électrique. Ce personnage est incroyable, il rayonne à travers l’écran. MICHAEL FASSBENDER EST GENIAL (phrase que je prononce, certes, à chaque fois que je le vois quelque part mais ici, c’est particulièrement vrai). Oh oui, parce que le grand gaillard sous cette énorme tête, c’est lui. Un choix audacieux pour son premier rôle après sa nomination aux Oscars pour 12 Years a Slave, mais qui se révèle être tout à fait sensé dans la deuxième partie du film, tout particulièrement, quand le groupe part aux Etats-Unis, jouer au SXSW festival, à Austin. Le personnage qui, je le rappelle, porte une énorme tête en plastique ou je ne sais quoi, m’a submergée d’émotion. Je pleurais vraiment. Pas juste une petite larmichette, non, une vraie crise de larmes. Ça a été la même chose à la fin, quand tous les membres du groupe se retrouve et que Jon s’en va : j’étais sincèrement heureuse que chaque chose était exactement à l’endroit où elle devait être (je n’ai jamais dit que j’avais des réactions rationnelles devant les films). En ce qui concerne les autres acteurs, moi qui n’avais jamais adhéré à Maggie Gyllenhaal, et bien je l’ai trouvé merveilleuse. Tellement que j’avais envie de lui faire un gros câlin. Et Domhnall Gleeson que je n’avais vu jusqu’à présent que dans des rôles de bon petit gars, et bien franchement, j’ai eu envie de lui faire bouffer son putain de portable à certains moments. Donc, en gros, tout le monde joue très très bien dans cette histoire.

Mais du coup, ça parle de quoi en vrai Frank ? Et bien pour moi, de deux choses. La première, plus ‘anodine’, on va dire, pose des questions sur l’industrie de la musique : est-ce qu’un groupe doit absolument être populaire pour réussir ? Quand est-ce qu’un artiste devient commercial ? Est-ce qu’il faut penser son art par rapport au public ? Est-ce que celui-ci, d’ailleurs, est si con que ça ? En tous cas, ces questions font partie des nombreuses qui ont traversé mon esprit pendant le générique du film.

Le deuxième point principal abordé par le film est, à mon sens, le rapport de l’art avec la maladie mentale. Je ne vais pas entrer dans les détails mais Frank, n’a pas vraiment la tête sur les épaules (houhou, la TETE sur les épaules, bon dieu que je suis drôle !) et ne raisonne pas du tout de la manière que Jon (c’est-à-dire nous, le spectateur lambda, en fait) qualifierait de normale/rationnelle/logique. Il semble vivre dans un monde à part qui lui est propre, et c’est sûrement ce qui le rend si passionnant et intriguant : on ne le comprends pas et on se sent irrésistiblement attiré par cet étrange personnage. C’est aussi ce qui lui permets d’être excellent dans ce qu’il fait; dans son monde, il n’y a quasiment que la musique et rien ne peut perturber sa création. A y regarder de plus près, il est vrai que la plupart des œuvres d’art les plus appréciées sont issues d’esprits torturés. Alors bien sûr, je n’y connais pas grand chose, mais je pense tout de suite à Vincent van Gogh, Lars von Trier, F. Scott Fitzgerald, Jim Morisson, la liste est longue… Le film est inspiré par Frank Sidebottom, mais je connaissais pas ce monsieur avant le film, et je dois dire que je n’ai pris le temps de faire des recherches très approfondies donc je ne sais pas si lui aussi avait des ‘problèmes’.

Frank m’a fait poser de nombreuses questions, donc, et J’ADORE qu’un film me fasse cet effet. J’ai aussi beaucoup aimé assister au processus de création du disque du groupe. The Soronprfbs ne fait pas de la musique si inaccessible que ça (enfin ça dépend des chansons, et de ce que l’on écoute en temps normal je suppose), mais elle reste très alternative et expérimentale, je l’ai trouvée géniale ! Elle m’a faite penser à Joy Division (oh, tiens Ian Curtis, en voilà un autre exemple de mec pas très bien dans ses baskets !) mélangé avec The Doors de temps à autres, mais en encore plus perché. Je comprends que ça ne plaise pas vraiment, mais l’intérêt du film n’est pas là, je dirais. Il y a quelques longueurs dans ce film et quelques ‘wait… what?’ mais ce n’était pas vraiment si dérangeant que ça. Je vous le recommande vivement, surtout, c’est vrai, si vous êtes des amoureux de rock alternatif bon, parce que si votre truc, c’est plutôt le r’n’b des années 2000, vous risquez fortement de vous sentir perdu et d’avoir peut-être un peu peur.

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